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Couleur Lauragais : les journaux

Reportage

L'Occitan vu par des élèves de 1ère et terminale de Revel

La langue d'oc est la langue qui était parlée quasi exclusivement dans notre région jusqu'à la première guerre mondiale. Selon l'enquête du ministre Duruy de 1863, les deux tiers des communes du sud de la France étaient non francophones. Les langues régionales, dont elle fait partie, sont reconnues Patrimoine culturel immatériel de l'Humanité par l'UNESCO. En 2008, l'Assemblée nationale avait inscrit les langues régionales dans la Constitution Française. Tout récemment, le 28 janvier dernier, l'Assemblée nationale vient d'adopter la proposition de loi qui va permettre de changer la Constitution, étape obligatoire afin de ratifier la charte européenne des langues régionales.

27 élèves sur 57
27 élèves sur 57 - crédit photo : Francine Millès

La démarche des élèves - 57 élèves de Première et Terminale toutes séries LV3 facultative ou obligatoire (en L) ou LV2 occitan-langue d'oc du lycée Vincent Auriol de Revel, ont fait le choix de cette matière.
Son enseignement, jugé parfois inutile, est volontiers ludique et vise à valoriser l'élève en prenant en compte ses capacités et ses goûts. Un concert est proposé chaque année ; diverses créations jalonnent les apprentissages : adaptation en BD, jeux autour du francitan, rébus, saynètes, choix d'un menu occitan pour le self, clips revisités…
De plus, rappelons les paroles de Mr Martin Malvy, président du Conseil régional de Midi-Pyrénées : "Les jeunes se passionnent plus qu'on ne le croit pour tout ce qui est le "nous" d'origine".
En effet, ce sont toute une culture et une histoire fabuleuse à découvrir, à commencer par celle du lieu où l'on vit. C'est également une littérature de plus de 1000 ans. Depuis les troubadours jusqu'aux nombreux écrivains contemporains, cette littérature surprend par son originalité et son extraordinaire fécondité.
Cette culture, c'est aussi la richesse d'un patrimoine oral ou non exceptionnel, d'une singulière universalité, de toute une civilisation, de ses coutumes et traditions, croyances, de sa cuisine, de son onomastique ou de sa toponymie... ignorées.
Loin d'être un gadget du passé, la langue occitane, comme les autres langues multiséculaires marquant le territoire français, s'inscrit dans la richesse multiculturelle de l'espace européen et sert l'ouverture d'esprit. Ce ne sont pas les étudiants des universités de Paris, Baltimore, Vienne, Naples, Barcelone… où l'occitan est enseigné qui contrediront le propos !

Les élèves se sont intéressés à deux écrivains du XIXème siècle : le prix Nobel de littérature Frédéric Mistral et le félibre issu de Castelnaudary Auguste Fourès. Ceci afin "d'appréhender l'acte d'écriture, notamment au contact de créateurs" : Mme Longo est intervenue pour présenter ses poèmes et parler de son propre rapport à l'écriture ; Mr Estève exposera aux côtés des étudiants mi-mai lors de la journée occitane au lycée, fin mai à la mairie de Revel et lors du Festival occitan de la fin du mois d'août à Revel.
Tous ces artistes évoquent leur lieu de vie pour en extraire des pensées universelles et intemporelles. Les élèves ont tâché de faire de même en partant des paysages photographiés et des événements historiques du Lauragais à propos desquels ils ont mené des recherches et réalisé une exposition.

Biographie d'Auguste Fourès par deux élèves de Terminale L : Léna et Laure - Auguste Fourès est né à Castelnaudary le 8 avril 1848. Issu d'une famille bourgeoise, il participe très jeune à l'activité littéraire locale et collabore à de nombreuses revues, dont l'almanach la lauseta fondé en 1876. Il est le directeur du "Petit Toulousain" en 1891. En 1882, il fonde à Castelnaudary la revue La Poésie Moderne avec Prosper Estieu qui était alors un jeune poète de 20 ans.
Ayant perdu son père dès l'âge de quinze ans, il se réfugie souvent chez des proches parents habitant Toulouse, ce qui lui permet de fréquenter les milieux littéraires toulousains. En 1875, lors d'une réunion de la "société pour l'Étude de langues Romanes", on assiste à la naissance de la "société des Félibres du Languedoc" où Auguste Fourès diffuse auprès des Félibres présents un recueil contenant des nouvelles et des poésies exaltant les valeurs de la nature, de l'humanisme et de la liberté. Auguste Fourès devient l'un des 50 majoraux en 1881 et se fait baptiser "La Cigalo de la Libertat" (la cigale de la liberté).

C'est un être passionné et d'une extrême sensibilité dont les premières œuvres écrites tant en français qu'en languedocien sont remarquées par Victor Hugo et Sully Prud'homme.
Observateur attentif de son milieu social et du Lauragais en général, ce journaliste de gauche athée et anticlérical avait à cœur d'agir pour le bien de ses contemporains. Il a également mené une démarche très intéressante pouvant s'apparenter à de l'ethnologie à travers des ouvrages comme Coureurs de Grands Chemins et batteurs de pavés, Les jeux des enfants en Lauragais ou Potiers et poterie en Lauragais.

Après une vie affective malheureuse et une existence matérielle difficile, Fourès meurt à l'âge de quarante trois ans. Il nous lègue un immense trésor littéraire en quatre recueils dont Los grilhs (les grillons, 1885) et les cants del solelh (les chants du soleil, 1891) dont sont tirés les extraits de poèmes illustrés dans ces pages.

Article rédigé par les 1ere et terminale du Lycée Vincent Auriol de Revel
avec la collaboration de leur professeur d'occitan Mme Millès Francine.
Les photos illustrant les poèmes ont été prises par les lycéens et M. Francis Marti.

printemps

Prima

Èri mòrta,
Soi reviscolada.
De mirgalhadísses de borrons
Espelisson
A la lusor
Dins lo bosquet que se desvelha.

La saba cauda
Raja
Pels arbres que rison
A la venguda del solelh.

D'aparats folastrejan dins l'èrba
E pujan d'arbre en arbre
Es lo temps de le respelida
Clorofiliana !

Printemps

J'étais morte,
je suis ranimée.
Des émerveillements de couleurs
éclosent
à la lueur
dans les bosquets qui se réveillent

La sève chaude
ruisselle
dans les arbres qui rient
à la venue du soleil

Les moineaux s'égaient dans l'air
et montent d'arbre en arbre
C'est le temps de la renaissance
chlorophyllienne !

Création collective lycéens et Mme Millès

Avignonet Avignonet

 

D'après le poème d'Auguste Fourès, recueil Les grilhs

Le garrabièr
Me vòli pausar sul bòrd del camin,
Le front ventalhat per las irondas
E les pès dins l'èrba e las pimparèlas ;
L'aire es pus audós que le jansemin.
(…) Darrè'l garrabièr qu'a mes vièlha rusca
E les ametlièrs gobiats pels ivèrns,
Ara enjovenits, pus galhards e verds,
I a'n gai ostalet vestit de lambrusca.

L'églantier
Je veux me reposer sur le bord du chemin,
Le front rafraichi par les hirondelles
Et les pieds dans l'herbe et les pâquerettes ;
L'air est plus intense que le jasmin.
Derrière l'églantier qui a mis vielle écorce
Et les amandiers engourdis par les hivers,
Maintenant rajeunis, plus robustes et verts,
Il y a une joyeuse maisonnette vêtue de vigne sauvage.
traduit par Mickaël et Emmanuel

Les cassès site du fort Les Cassès - site du Fort

 

L'alba clara enròsa la prada,
De pimparèlas estelada,
E i escampilha le rosal.
Le solelhet d'òr fin, la glòria
De la tèrra, canta victòria
Dins tota sa jove'splendor ;
Pertot mila diamants clarejan,
Redòlan dins las flors, perlejan ;
Las èrbas fuman e barejan
Perfums maiencs e frescas audors.
L'aube rosit la prairie
étoilée de pâquerettes
et y répand la rosée.
Le clair soleil d'or fin, gloire
de la terre, chante victoire
dans toute sa jeune splendeur.
Partout mille diamants brillent
roulent dans les fleurs, perlent ;
Les herbes fument et mêlent
les parfums de mai et fraîches odeurs.
traduit par Rosanne et Gwenaëlle

l'aube sur les pyrénées L'aube sur les Pyrénées

 

Un an en Lauraguès
Lo crussiment de las fuèlhas jos nòstres pès,
Rampèla lo dels arbres que dançan gràcia a l'aura,
La rigòla rajanta forma a ela sola una perfèita melodia,
Lo camp desnusat accuelhís de novèls getets,
Al fial del temps espandits a pèrda de vista se garnisson,
Lo blat que raspa la palma de nòstras mans nos balha lo sentit de nos reténer
A cada campèstre son istòria,
Efemèra cada annada,
Las fuèlhas tomban, los arbres dançan, la rigola s'escor e los camps tornaràn espelir ...

Un an en Lauragais
Le craquellement des feuilles sous nos pieds,
Rappelle celui des arbres dansant grâce au vent,
La rigole qui s'écoule forme à elle seule une parfaite mélodie,
Les champs dénudés accueillent à leur tour de nouvelles pousses,
Au fil du temps les champs qui s'étendent à perte de vue se garnissent,
Le blé râpant sur la paume de nos mains nous donne l'impression de nous retenir,
A chaque paysage son histoire,
La nôtre est perpétuelle chaque année,
Les feuilles tombent, les arbres dansent, la rigole s'écoule et les champs renaitront…
Ecrit et traduit par Elisa et Manon P.

le lauragais Le Lauragais

 

Las aigas del Lengadoc

Las èrsas del petonejant lac de Sant Ferriòl lusisson,
Lo sable fin viroleja;
Dapasset, los arbres bèls cantan,
Pescaires, nadaires, passejaires s'i regaudisson.

Lo long canal del Miègjorn serpenteja,
De Garona fins a la Mar Granda,
Carejant las majestuosas pinèlas,
Que cada tolosan festeja.

Les eaux du Languedoc

Les vagues du pétillant lac de St Ferréol étincèlent,
Le sable fin voltige,
Tout doucement, les grands arbres chantent,
Pêcheurs, nageurs, promeneurs s'y égaient.

Le long Canal du Midi serpente
De la Garonne à la Méditerranée,
Portant les majestueuses péniches,
Que chaque Toulousain célèbre.

Ecrit et traduit par Charlène, Morgane et Pauline

lac de saint ferréol Le lac de Saint Ferréol

 

(…)
Coma les faidits d'i a plan cinc cents ans, Que son rebonduts dins la granda sèrra, Morire sul sen de la bona tèrra ! (…)
(…)
Per ieu, que sabi'n pauc nòstra terribla istòria, Aqueles fòcs de Sant Joan que vos tenon en jòia Se tresmudan en farfadèls, Sautant suls traucs dels Albigeses, Nòstris aujòls, pauris pageses ! Mòrts eroicament, mòrts en enfants fidèls,
Fidèls al Lengadòc, nis dels grandis trobaires, Pròias dels capelans e dels sodards raubaires, Fidèls, jos les trucs dels bandits, A la patria trelusenta, Qu'an volguda, ò dolor'scosenta ! Atudar dambe'l sang dels grands martirs faidits.
Ò tèrra pels tirans espotida, orresada ! (…)

Les flairons

Comme les chevaliers bannis d'il y a bien 500 ans Qui sont ensevelis dans la grande colline, Je mourrai sur le sein de la bonne terre !
Pour moi qui sais un peu notre terrible histoire, Ces feux de la Saint Jean qui vous tiennent en joie Se changent en farfadets,
sautant sur les tombes des Albigeois, Nos aïeux, pauvres paysans ! Morts héroïquement, morts en enfants fidèles, Fidèles au Languedoc, nid des grands trouveurs, Proies des prêtres et des soudards pilleurs, Fidèles sous les coups des bandits A la brillante patrie, Qu'ils ont voulu, ô douleur cuisante ! Eteindre avec le sang des martyres faydits.
O terre par les tyrans écrasée, ravagée !
traduit par Charline et Manon A.

saint laurent Saint Laurent

 

La semenaira de milh
(…)
Ò Natura ! L'ama s'allegra A mirar le regrilhament, Belestant la Montanha Negra Del verd clar de son vestiment
Quand torna la sason novèla Qu'acora tant, l'abril, l'abril, polit coma'na jovencèla,
Le gasalhan pensa a fa'l milh.
La semeuse de maïs
(…)
O Nature ! L'âme se réjouit A regarder le renouveau, Dominant la Montagne Noire Du Vert clair de son vêtement
Quand revient la saison nouvelle Qui fortifie tant, avril, avril, joli comme une jouvencelle,
Le laboureur pense à faire le maïs.
traduit par Melissa et Laura
le lauragais Le Lauragais


Couleur Lauragais n°161 - Avril 2014