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Poèmes

Les petits métiers de Castanet au XIXème siècle
par Danton Cazelles

Danton Cazelles, né le 8 octobre 1867 à Cournonterral (Hérault) et mort le 11 juin 1961 à Toulouse est un écrivain occitan Majoral du Félibrige. Il est inhumé au cimetière de Castanet.
Il grandit à Léguevin (Haute-Garonne) et se passionne très jeune pour la langue populaire parlée dans les villages par les paysans, il étudie ainsi la littérature occitane avec pour référence l'œuvre d'Auguste Fourès. A la sortie de l'École Normale, il est nommé instituteur à Léguevin puis à Castanet-Tolosan (1887) avant d'être définitivement titularisé dans cette dernière commune en 1909. Participant activement à la vie municipale, il va œuvrer dans son village pour l'encouragement et le développement des traditions locales en organisant de nombreuses fêtes ou manifestations mémorables autour des années 1900 comme la Grande Cavalcade en 1904. En ces occasions et bien d'autres, ses dons pour le dessin et la peinture lui permirent de réaliser des affiches, vignettes, menus, programmes, cartes postales ou décorations comme en particulier l'intérieur de la salle de l'ancien Grand Café du Commerce au centre de Castanet.
Prenant très tôt des responsabilités au sein du mouvement félibréen en Languedoc et Gascogne, il va, par ses écrits, participer activement à la réhabilitation de la langue d'oc et de l'histoire méridionale. Son œuvre littéraire, composée de contes, poèmes et chansons en occitan, publiée dans les nombreuses revues de l'époque et dans son recueil poétique TÈRRO D'OC paru en 1952 permet de reconnaître en lui un témoin de la vie rurale de son époque, chantant avec talent le quotidien de son terroir. Les poèmes que nous publions ci-dessous, sont tirés de son livre manuscrit, écrit et versifié en patois, «l'Histoire de Castanet».

 

Le Charron

Autrefois, le Charron était un «Maître Rodier»,
Ainsi nommé, parce que, seul, il faisait des roues
De toutes les dimensions et de toutes les manières
sauf celle du moulin à eau et de la noria.

Attendant du paysan un gros compte annuel
De l'étoile à sept rais, il connaissait le code
Pour y poser dessus, des charrettes pratiques,
Bien suspendues, soulageant le «moteur avoinié».

Rabastens orgueilleux de son charron-poète,
Qui chantait en enfonçant dans la roue une boîte (d'essieux).
Ce maître ouvrier, tant forgeron que charron.

Emmanchait les essieux et forgeait les rimes
A son loisir, en rêvant, il posait un cercle parfait
Au char d'Apollon qui roule sur les cimes.

Le Roudiè

Autres cops, le Charroun èro'n Mèstre Roudiè,
Nounmat atal pèr qua, soulet, fasiò de ròdos
De toutos las grandouse de toutos las mòdos
Franc la del Mouli d'aigo e la del Pouts roudiè.

Esperan del pajes un gros coumte annadiè
De l'Estelo à Sèt rais, el couneissiò les còdos
Per i pausa dessus de carratos coumòdos
Pla penjados, soustan le «moutur» civadiè.

Rabastens, ourgalhous de soun Roudiè-pouèto,
Que cantavo en founhan dins la ròdo uno «bouèto»
Aqueste mèstre-oubriè, tant faure que charroun,

Margavo les aissàls e fargàvo las rimos
A soun lesa, en raivan, boutavo'n ceucle round
Al Carri d'Apoulloun que òllo sus las cimos.

Danton Cazelles

 

Le Maçon

Le maçon ne fait plus concurrence aux pies.
Rien que de mortier franc, il bâtit les maisons,
Les étables fermées de solides portails
Ou dormiront les bœufs et les brebis lasses.

Le maçon-charpentier fait aussi les carcasses,
De lourds chevrons monteront aux frontons.
Dans leur achèvement, ornés de rameaux fleuris,
Qu'arroseront nos équipes, jamais lasses.

Mais le maçon d'ici est aussi couvreur ;
La tuile (canal) qu'il a placée, tient l'eau comme un verre
L'adroit maçon passe partout, pigeon pattu.

Il travaille le ciment, parfois le plâtre,
Bon pour poser un cataplasme avec un solide emplâtre,
Du Bâtisseur antique, lui seul a la vertu.

 

Le Maçou

Le maçou fa pas mai rampèu à las agassos :
Ras que de mourtiè franc, el bastis les oustals,
Les estables tampats da soulides pourtals
Ount milhou droumiran auelhos, bious vacassos,

Le maçou-charpeantiè, fa tabes las carcassos ;
Matrusses cabirous mountaran as frountals.
Dins soun acabomen, garnits de rams flourals,
Qu'arrousaran nostros equipos jamai lassos.

Mès la maçou d'aiciu es tabes recubreire :
Le «canal» qu'a plaçat, tene l'aigo caumo'n veire ;
L'adret maçou passo pèrtout, pijoun patut,

Trabalhole ciment, -e qualques cops, le plastre,
Bou pèr pausa'n platou d'amb'un soulide emplastre ;
Del Bastisseire antic n'a gardat la vertut.

Danton Cazelles