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Couleur Lauragais : les journaux

SPORT EN LAURAGAIS

Rugby, l'école de la vie

Faire face aux échecs, apprendre à se maîtriser, respecter l’autre… Depuis le plus jeune âge les adeptes de l’Ovalie appliquent ses préceptes. Une singularité sportive qui n’a pas attendu l’effet « Coupe du monde » pour s’exprimer dans le Lauragais. Reportage.

Toutes les occasions sont bonnes pour se retrouver… même quand la saison de rugby est close pour laisser place à la pause estivale. C’est un intense stage de perfectionnement, trois fois par semaine, à Villefranche de Lauragais pour Rémi et Clément, 15 ans, qui vont évoluer en cadet en septembre. Ce sont des vacances passées aux Baléares avec son inséparable camarade de terrain pour Luc, 15 ans, inscrit à l’Entente de Castanet-Ramonville. Direction le lac de Saint-Ferréol pour une démonstration de beach-rugby à laquelle participent des joueurs revélois. Tiens, tiens, ce ne serait pas les éducateurs et les minimes du RELM(1) que l’on aperçoit lors d’un repas sous la Halle de Verdun, à Castelnaudary ? Bienvenue dans le monde de l’Ovalie en terre lauragaise !

Jeune rugbyman

S’amuser
«Pour les moins de 7 ans, le rugby représente un sport ludique. Les gestes, la technique, les règles du jeu, tout cela viendra plus tard. Les enfants auront bien le temps d’acquérir toutes les subtilités du jeu», déclare Franck Bruel, éducateur à Villenouvelle. Le principal est de voir les enfants inscrits en pépinière de sourire, de voir dans leurs yeux leur envie de revenir au prochain entraînement et surtout de ne pas les dégoûter ! Il faut aussi convaincre les mères, que ce sport de combat est accessible à leur petite tête blonde… sans risque.
Franck Bruel «amadoue» ses rugbymen en herbe par l’intermédiaire de jeux de situation. Il imagine des scénarios inspirés du «gendarme et du voleur». L’objet tant convoité est naturellement le ballon qui se transforme au gré des situations en butin, en trésor… Deux équipes s’affrontent pour le récupérer. «Au début, chacun veut attraper seul le ballon et, fatalement, celui qui opte pour cette stratégie échoue. A cet âge, les enfants sortent à peine du cocon familial, fait remarquer Franck Bruel. C’est surtout le "moi-je" qui domine. Ils n’ont pas l’habitude de partager». Tout un apprentissage commence donc.
Pour rien au monde, Pascale Laubert, éducatrice à Castelnaudary, ne laisserait sa place lors des sessions d’entraînement des moins de 7 ans. «En début d’année on voit débarquer au stade une nuée de petits moineaux effrayés qui courent dans tous les sens. Petit à petit, on parvient à les faire jouer en équipe en imaginant des histoires de pirates. On a aussi des histoires très locales comme la prise de la cité de Carcassonne, les cathares. Les consignes : s’amuser bien sûr, mais aussi ne pas se faire mal et ne pas blesser les autres.» Le jeu doit être collectif, c’est le moyen pour prendre possession du ballon. «On perd, on gagne et alors ? Le plus important est d’apprendre à jouer et surtout à s’amuser», assure Patrick Samora, éducateur à Caraman.

Esprit de famille et convivialité
Seul, le joueur de rugby n’est rien. Il est dépendant des autres, étant un des chaînons de son équipe. Tout le monde a effectivement sa place sur le terrain. Les pros parlent de la notion du «collectif» pour laquelle la force physique n’est pas un critère suffisant. Il faut tous les gabarits pour constituer une équipe : des joueurs vifs, des grands filiformes, des petits trapus, des sprinter, des coureurs de fond. Le partenaire de jeu devient quelqu’un de confiance, quelqu’un sur qui on peut s’appuyer en cas de coup dur… «Sur le terrain, on voit apparaître des phénomènes de grappe. Les joueurs des deux équipes sont les uns sur les autres. Tout naturellement, on voit un jeune rejoindre la grappe pour venir sortir son partenaire des griffes de la partie adverse», reconnaît Vincent Derrien, éducateur à Castelnaudary. Indéniablement, ce type de situation encourage des liens très forts d’amitié dès le plus jeune âge. D’ailleurs, quand on demande à un enfant pourquoi il a décidé de jouer au rugby, le mot copain revient invariablement.
Yannick, 9 ans, qui s’entraîne à Villenouvelle, a remarqué que son grand frère s’amusait bien au rugby. «Alors, j’ai voulu le suivre. Je rigole bien et je me suis fait plein de copains. Pas question de les lâcher. J’ai appris qu’il faut toujours aider son copain. C’est important pour le jeu, pour garder la balle. Je m’ennuie quand c’est les vacances. J’ai envie d’être en septembre pour retrouver l’équipe !» C’est à l’école de rugby que Martin, 11 ans, de Castelnaudary, a rencontré son meilleur pote Samuel. Les troisièmes mi-temps au club-house autour d’un jus d’orange ou d’un chocolat chaud renforcent la camaraderie. «On discute de tout. Si tout va bien. On parle des problème de famille, même si on reste pudique sur certains sujets», raconte Luc, 15 ans, de Castanet-Tolosan. Quel que soit le club, les éducateurs tiennent par dessus tout à ces rendez-vous rituels qui permettent de sociabiliser les jeunes. «On n’est pas là pour faire de l’élitisme. Notre souhait, c’est de voir jouer tous les jeunes, et pas seulement les meilleurs», souligne Jean-François Van Sinte, le responsable de l’école de rugby de Labastide-Beauvoir pour qui l’esprit de groupe s’applique également à l’entourage de la famille. «On essaie d’impliquer les parents pour qu’ils viennent aux déplacements, participent aux goûters. Et ce, pour apporter un côté convivial et former une grande famille.»

Le courage
Dès l’âge de 5-6 ans, une autre valeur est enseignée : le courage, celui d’affronter les autres sur un terrain, de prendre le ballon, d’avoir des initiatives. Cette fois, les pros parlent du travail sur «l’affectif». Eh oui, le rugby est avant tout un sport de combat et donc implique des contacts parfois violents. C’est en ayant 100 % confiance dans son équipe, que le joueur peut affronter l’adversaire. «Ce n’est jamais facile pour un enfant de tomber au sol, de se faire mal, de devoir affronter quelqu’un d’autre en face et d’avoir l’énergie de se relever, avoue Jean-Claude Taurines, qui va s’occuper des cadets à Villefranche de Lauragais cette saison. C’est pourquoi, la guerre, si je puis dire, il faut la faire ensemble. C’est grâce à la solidité, la fusion d’un groupe, que chacun des joueurs peut aller de l’avant lors d’une rencontre.»
Toucher le ballon, effectuer les premières passes, essuyer son premier plaquage : autant d’étapes à franchir pour que le joueur gagne de l’assurance et prenne confiance quant ses aptitudes physi-ques. «Sur le terrain, il faut montrer que t’existe, explique Thomas, 12 ans et demi, qui évolue chez les benjamins à Caraman. Avant de commencer le rugby, j’étais un grand timide, j’avais peur des contacts. Maintenant, dès le début d’un match, on se donne des "cartons", c’est-à-dire, qu’on va vers le contact physique pour pouvoir jauger la face de l’adversaire. C’est aussi un moyen pour dire qu’on ne va pas de laisser faire».

Sport d'équipe

Le respect
Une rencontre de rugby se résumerait à une foire d’empoigne, s’il n’y avait pas la notion de respect à prendre en compte. Se serrer la main, une accolade après le match… ne sont pas des gestes anodins. «Les joueurs luttent pour un ballon. Ils veulent à tout prix gagner, mais ils doivent le faire dans le respect de l’autre, pendant les différentes phases de match : de la mêlée au plaquage en passant par le hors-jeu», raconte Christine Bigaran, arbitre du côté de Revel. «On m’a appris à ne pas chercher à blesser mon adversaire inutilement», sou-ligne Hugues, 14 ans, qui joue à Caraman. Un geste d’une extrême brutalité traduit un double échec, d’une part l’impossibilité pour le joueur de se dominer et, d’autre part, son incapa-cité à vaincre son adversaire en respectant les règles. C’est un aveu d’impuissance en cas de difficulté. Parfois, il est bien tentant de donner un bon coup de pied plutôt que de faire appel à l’esprit d’équipe pour développer une stratégie et décrocher la victoire dans les règles de l’art. «Le respect, ce n’est pas seulement un comportement que le joueur doit avoir à l’égard de son adversaire, mais aussi à l’attention du public, de l’entraîneur et de son équipe», insiste Benoît Fargues de l’école de rugby de Revel. Pour lui, le respect se manifeste dès le plus jeune âge par le simple fait de dire bonjour à son entraîneur, d’écouter quand quelqu’un prend la parole. Au sein de l’Entente de Castanet-Ramonville, la charte met un point d’honneur à ce que l’enfant doit retrouver dans le rugby les mêmes valeurs et les mêmes notions de respect que dans les milieux familial et scolaire». Pour Joël Mention, un des responsables à Castanet ça signifie aussi d’être poli, ponctuel, de respecter le matériel, les lieux, les infra-structures. «Aujourd’hui, on est confronté au problème de l’absentéisme. D’un seul coup quatre à cinq gamins ne viennent pas jouer. On est alors obligé d’annuler un tournoi. Les autres enfants sont malheureux. Ils ne peuvent pas jouer», regrette Joël Mention. Le moindre manquement au respect, et c’est tout l’équipe qui en pâtit d’où l’extrême vigilance des écoles de rugby.

La générosité
Donner, c’est un autre grand principe de l’Ovalie. Que ce soit Alain Albouy, éducateur à Puylaurens, Vincent Derrien à Castelnaudary, Benoît Fargues à Revel, Jean-Claude Taurines à Villefranche de Lauragais, Franck Bruel à Villenouvelle, chacun savoure le plaisir de partager ses expériences et d’apporter une certaine forme d’éducation. Tous s’accordent à exprimer leur fierté de voir des enfants évoluer dans leur façon d’être. Les voilà capables de tout donner pour leur équipe. «Ce que je leur donne, les enfants me le rendent au centuple», reconnaît Jean-Claude Taurines. «On n’a pas besoin de les pousser à s’amuser. Il y a toute une émulation qui naît. S’ils perdent en ayant fait le maximum, je ne peux pas leur en vouloir !», dit Franck Bruel de Villenouvelle.
Les week-ends sur les routes, les soirées au stade, les repas et autres goûters, sont autant de rendez-vous pour partager la bonne humeur ambiante, pour échanger, pour partager une déception, une victoire… Ces sentiments soudent les uns aux autres à jamais. Quand la vie amène les joueurs vers d’autres horizons, ces liens restent toujours vivaces. «Le rugby, c’est l’école de la vie». C’est dans les années 1980 que ce slogan a été adopté par la Fédération française de rugby. Elle avait déjà perçu les vertus pédagogiques dans l’éducation des jeunes et le rôle social pour préparer les préparer à affronter une autre épreuve : l’entrée dans la vie active.

Estelle COUVERCELLE
(1) Entente de quatre clubs du Lauragais audois :
Le ROC (Castelnaudary), l’USV (Villeneuve La Comptale), les clubs de Bram et de Montréal.

 

Couleur Lauragais n°95 - Septembre 2007