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Couleur Lauragais : les journaux

Reportage

Le relief du Lauragais ou le Pays des Mille Collines (1ère partie)

Nous étudions le relief, c'est à dire les formes du terrain, dans le cadre du Lauragais historique (voir la carte), c'est à dire le comté de Louis XI (1477) et la sénéchaussée de Catherine de Médicis (1556). Dans un océan de douces collines et de basses plaines, nous allons essayer de classer les types de formes et de glisser un certain ordre dans un ensemble souvent difficile à comprendre.


Rebord de plateau - Les Casses
Site du bûcher de 1211 (crédit photo :Jean Odol)

Les roches supports du relief : les molasses
En dehors de la Montagne Noire, le relief du Lauragais est taillé dans une roche : la molasse, ou plutôt les molasses, d'une énorme épaisseur (400 mètres) et dont l'ensemble s'incline doucement et régulièrement de l'Est vers l'Ouest depuis Fanjeaux - Laurac jusqu'à Castanet - Lanta - Verfeil ; les altitudes sont modérées : 500 m à Sud de Laurac, 250 m vers Lanta. Dans ce moutonnement de collines, deux zones sont légèrement plus élevées, sortes de châteaux d'eau, d'une part la Piège où naissent l'Hers mort, la Ganguise, le Gardijol et d'autre part, vers St Félix Lauragais où prennent leur source le Marès, la Grasse, la Marcaissonne et la Saune.
La molasse tertiaire résulte de la démolition durant des millions d'années des montagnes proches, le Massif Central au Nord Est, les Pyrénées au Sud. Voici une définition scientifique de la molasse : "c'est un complexe détritique continental, fluvio-lacustre, mis en place par des cours d'eau divagants et instables, sous forme de lentilles et de strates (c'est à dire des couches), où les aspects (faciès) de grès marneux et de sables peu cimentés dominent largement mais en alternance avec des lentilles argileuses ou calcaires, ou gréseuses, ou franchement sableuses". Pour être plus clair, la molasse est un complexe de couches et de lentilles d'argile, de sables, de grès tendres ou durs, de calcaire. C'est une roche homogène dans l'ensemble, tendre et imperméable.
En surface, la molasse se décompose sur une épaisseur de 40-50 cm sous l'action des racines des plantes, des insectes et des vers, des taupes, de la pluie et du gel, de l'homme enfin, en donnant les sols superficiels ; les végétaux morts l'enrichissent de matières organiques. Cette couche de surface est très souvent d'une couleur brune : c'est le sol, différent du sous sol ou roche en place, ici la molasse.


Terrefort à Beauville
(Crédit photo : Couleur Média)

Les sols du Lauragais sont très variés et se divisent en deux grandes familles : les boulbènes et les Terreforts ; d'autres types existent comme "la terre de rivière" dans le fond des vallées, et constituée de limons abandonnés lors des inondations ; ou encore "le caussanel", sol blanchâtre au sommet des collines qui correspond à l'affleurement d'une lentille de sable ou de grès. Les boulbènes sont des terres légères et faciles à travailler ; sols sableux et argileux, froides et pauvres en calcaire ; tout sol qui contient plus de sable que d'argile porte la dénomination générique de boulbène ; après la pluie la boulbène durcit, elle est tour à tour poussière et béton.
Les terreforts sont bruns ou jaunâtres, gras et luisants, collants par temps de pluie ; ils renferment peu de graviers et de cailloux et sont fortement argileux ; difficiles à travailler ils rachètent ce défaut par une exceptionnelle fertilité : ils portent du froment depuis le Néolithique, soit environ 8000 ans. Ils emmagasinent assez bien l'eau et restent humides une partie de l'été (très important pour le maïs et le tournesol) ; ils sont pauvres en azote et acide phosphorique mais contiennent potasse et magnésie. Les terreforts sont le support fondamental de la richesse agricole exceptionnelle du Lauragais.

Le relief se divise en 3 grands ensembles
Les formes lauragaises du terrain se divisent en trois parties principales ; de l'Est vers l'Ouest :
- la Montagne Noire, vieux massif usé
- une dépression périphérique de Revel-Castelnaudary-Bram
- à l'Ouest, un vaste massif de collines coupé en deux par la vallée de l'Hers mort (Baziège-Villefranche).

Partie méridionale du Massif Central, la Montagne Noire domine de plusieurs centaines de mètres les plaines qui l'entourent, la zone centrale s'élève progressivement de l'Ouest vers l'Est jusqu'au sommet du Pic de Nore (1200 m). Cette montagne ancienne a été aplanie et reprise à l'ère tertiaire lors de la formation des Alpes et des Pyrénées, elle est alors cassée et faillée ; un basculement du bloc vers le Sud offre une dissymétrie spectaculaire entre versants Nord et Sud ; le versant Nord domine de 3 à 400 m les villes de Revel, Sorèze, Dourgne. Le versant Sud est une pénéplaine doucement inclinée en direction de Saint Papoul où elle disparaît sous la molasse.

 

La dépression périphérique
La Montagne Noire est entourée d'une dépression périphérique beaucoup plus basse : Revel est à 220 m et dominée vers l'Ouest par les massifs de collines de St Félix - Avignonet.

La ligne de partage des eaux
Déblayée dans la molasse tendre, cette dépression se divise en deux parties par une ligne de partage des eaux entre deux bassins versants ; d'infimes ruisseaux s'écoulent vers le Laudot-Sor-Atlantique ; sur le bassin versant du Fresquel de rares ruisseaux coulent Nord Sud et de l'Ouest vers l'Est comme le Triboul-Fresquel Méditerranée. La ligne suit une échine de terrain à peine visible (seuil de Besombes) et admirablement utilisée par Riquet pour conduire la Rigole des Thoumases jusqu'à Naurouze.

La plaine de Castelnaudary - Pexiora - Bram
Les explications relatives à ces cuvettes divisent les géographes ; dans celle de Castelnaudary-Bram, il n'y a pratiquement aucun ruisseau pour expliquer son creusement sauf l'indigent Tréboul, fréquemment à sec. Un spécialiste (Enjalbert) avance l'idée d'un creusement par des vents quaternaires, sous un climat très sec, désertique et très froid ; des vents d'une extrême violence auraient déblayé dans la molasse tendre une dépression éolienne. Les traces concrètes et bien visibles sur le terrain sont des cailloux appelés Dreikanter ; "c'est du côté de Puginier et de Souilhe que l'on peut voir les plus gros et les mieux sculptés des dreikanter de toute l'Europe" écrit Enjalbert. Il s'agit de cailloux de quartz sur lesquels le sable, projeté par des vents très violents, a façonné des surfaces planes se recoupant en arêtes vives et donnant des trièdres. Les dreikanter sont surtout nombreux près du canal, commune du Mas Saintes Puelles, entre Ferratié et Ferrabouc, à proximité des écluses de Laurens et la Domergue.


Zone de Collines - vue sur Castelnaudary
Crédit photo : Jean Odol

La plaine de Revel
Elle est drainée par d'infimes ruisseaux comme celui de Lassieure, affluents du Laudot et Sor ; vers l'Ouest elle est dominée par le rebord d'un petit plateau de grès : la cuesta de Saint Félix ; les pentes sont très faibles, les fonds humides et marécageux : s'ils sont bien drainés par des fossés, les champs donnent de plantureuses récoltes.

Jean ODOL
Agrégé de géographie

Bibliographie : J. Odol : "Le Lauragais, pays des cathares et du pastel"
G. Jorré : "Le Terrefort toulousain"
R. Brunet : "Les campagnes toulousaines"

...suite de cet article dans COULEUR LAURAGAIS N°47

 

Couleur Lauragais N°45 - septembre 2002